Le dodécaèdre ou douze cadres à géométrie variable, Paul Glennon, 2005

Bonjour jeunesse!

Comment vous susurrer combien vous me manquâtes ? A quel vide mon existence se réduit-elle loin de la caresse charnelle de vos yeux sur mes lignes ? A quelles insignifiances mon corps en sevrage de vous doit il se ployer pour oublier les tonitruantes langueurs de votre lecture attentive, aigue, voire parfois inspectrice? Comme autant de viriles fouilles au corps, me savoir lu par vous fait rouler l’excitation sous ma carrure musculeuse, sous la charpente colossale qui compose mon anatomie.

Eh bien, lorsque je suis loin de vous, j’occupe mes maussades journées à lire, à cultiver mon intellect dans l’espoir secret de vous séduire, et, je suis tombé sur un livre qui mérite que l’on attire votre attention. J’ai encore claire souvenance du frisson qui me parcouru à la lecture du titre : douze cadres à géométrie variable. Voilà le genre de préambule qui est du meilleur augure.

Les douze nouvelles qui composent ce volume, seraient, prises individuellement, d’une relative banalité. La majorité sont des sortes d’histoires vécues par des personnages aux accents historiques : un pirate perdu qui doit raconter des histoires aux indigènes pour ne pas finir en gratin dauphinois, un hystérique perdu sur la banquise qui parle à ses hallucinations, un faussaire de bouteille à la mer qui les collectionnent, etc.  La routine quoi ! Les structures narratives sont souvent floues : pas vraiment de début ni de fin, des intrigues plus proches des chroniques que de réelles histoires, beaucoup d’ellipses. Bref, au premier abord on a la sensation que les nouvelles sont juxtaposées les unes aux autres sans but précis. Pas de quoi lâcher la dernière saison d’Annah Montana, celle où on nous explique à appréhender la vacuité constitutive des choses et à  vous maquillez à peu de frais avec une bouteille de gaz. Amère déception.

Et pourtant au détour de la sixième nouvelle, on retrouve, en filigrane, un morceau d’intrigue de la cinquième, elle-même composée à partir des éléments de la quatrième. De proche en proche on se rend compte que toutes les nouvelles s’appellent les unes les autres, d’une façon très lâche, très imprécise, mais les liens qui se tissent entre elles sont bien réels.  Chaque appel vous force à reconsidérer le statut de l’histoire précédente.  Telle histoire, à première vue issue d’un livre trouvé sur un bateau échoué, deviendra dans une autre nouvelle une affabulation d’un menteur pathologique, qui s’avère être le grand père d’une hallucination dans une autre nouvelle … c’est à ce moment que l’on voit les cadres à géométrie variable se dessiner.

Plus on avance dans le livre et plus on nous raconte comment des personnages se composent en histoires et plus le fil narratif devient complexe, plus les nouvelles s’entremêlent étrangement les unes aux autres. Les variations de contexte, ce mélange constant entre les genres, entre les histoires et entre les personnages rappellent les agréables romans de Paul Auster ou Dan Simmons.

Bémol important, le style relativement linéaire n’est pas à la hauteur de ce qui est annoncé en quatrième de couverture et ne permet pas véritablement de saisir la finesse du travail des douze traducteurs qui ont œuvré sur chacune des nouvelles. Cependant, le livre reste agréable à lire et se parcoure relativement rapidement

Au final, c’est un livre particulièrement intéressant pour ceux qui aiment les récits compliqués, les structures narratives étranges et tout ce qui concerne les méta-trucs (méta histoire, méta-personnages, meta casquette, fait chaud dehors HahaHoho !, etc.). Si ce n’est pas votre cas, passez votre chemin, continuez à médire sur les films de David Lynch, allez revendre votre maillot de l’équipe de France sur EBay tant qu’il est encore temps, apprenez une bonne fois pour toute  la chorégraphie du Achy Breaky Dance et surtout sachez que la calvitie n’est pas une fatalité, c’est un état d’esprit !

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2 thoughts on “Le dodécaèdre ou douze cadres à géométrie variable, Paul Glennon, 2005

  1. LOOOOOOOOOOOOOOOOOOL … les méta casquette fait chaud dehors haha hoho …… attends, … celle là je la note … elle est collector … elle pourra m’resservir pour briller dans les salons !! …. aaaaaaaaaaah tu viens de révolutionner mes vacances (je sens qu’tu vas avoir mon doux regard rouler très souvent) … bon en même temps, la sémio abdo commençait un peu à m’gaver !!! … bon par contre tu m’as pas du tout donné envie d’lire ce livre !!! … LOOOOOOOOOL si le style est linéaire, si y’a pas un brun d’humour, … un profane comme moi ne s’aventure pas à s’avaler des nouvelles, aussi judicieusement imbriquées soient-elles … ^^… mais je t’aime quand même, tu restes l’amour de ma vie hein ^^

  2. LOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOL (tu m’as même + donné envie de redécouvrir Hannah Montana xD … j’l’avais pas vu sous cet angle, comme apologie de la vacuité profonde d’un être !!! mais merci Julien … nan et puis Hannah Montana, ça se lit pas, ouf … faut juste regarder les images !!!)

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