Svatiska, Jun’Ichiro Tanizaki 1928

Bonjour les jeunes !

Enfer et double bites, y’a t’il un truc plus insupportable, plus énérvant, plus effroyable que de lire un super bouquin et de se rendre compte, trente pages avant la fin, que le quatrième de couverture vous en avait dévoilé le dénouement !!! Arrgghhh ! Mais quel éditeur peut être assez vicieux pour faire ca à d’ honnêtes lecteurs ! Mais que fait Amnesty ? Appellez Brigitte Bardot !

C’est exactement la mésaventure qui m’est arrivé en lisant Svastika de Junichirô Tanizaki ( aux éditions Folio). De rage j’ai failli en avaler ma langue, mais le mal était fait, je venais de finir le livre.  Ah les salauds !

Et pourtant le livre est absolument génial ( ben tant qu’à faire, autant bousiller la fin d’un livre interressant ! Evidemment, c’est pas au dos des lectures obligatoires de collège qu’on trouverait un résumé complet ! Non ! Non, les éructations onaniques d’intellectuels neurasténiques et balourds, faut se les avaler jusqu’à la fin, sinon c’est pas drôle).

Calmons nous. Il faut que je pense à ma tension, sinon c’est infarctus assuré. Le livre…. pense livre ….

Pouf Pouf

Premier détail intérressant, c’est un roman-monologue : une femme raconte ses déboires amoureux à un écrivain. En gros elle s’amourache d’une autre femme de son école de peinture. Le trouble de l’heroine et la découvert d’une homosexualité douce donne un début de roman fin et agréable. Le style de Tanizaki est vraiment époustouflant. C’est fluide, distrayant tout en étant relativement profond, un peu comme lécher la nuque d’un inconnu dans le métro ( ok ok, c’est plus distrayant que profond … mais c’est fluide non ?).

Puis, la situation se complique, son mari (Mister Husband) s’interpose plus ou moins mollement à ses amoures contre nature, et le roman prend une nouvelle tournure, plus psychologique, plus insidieux mais toujours badin. Lorsque le mari de l’autre intervient, alors tout devient compliqué. On bascule dans un monde de questionnements, de manipulations et de strategèmes. Sadisme moral et torture sentimentale, tout ca dans une suave violence : le pied ! Tout le monde souffre tranquillement. Ca rappelle Ryu Murakami mais sans le coté hard-core. Ca ressemble à du Kawabata mais sans les descriptions et la mélancolie. C’est addictif et le facteur d’identification marche à plein.

Les rebondissements sont bien ammenés; la fin  permet une relecture de tout le livre : bref c’est fabuleusement maîtrisé, facile à lire et en plus, Tanizaki c’est pas super connu, alors c’est toujours la classe de le caser dans vos discussions modaines ou dans vos dissertations sur les actes de vadalismes linguaux dans le métropolitain des mégapoles francaises !

Joie et allegresse
Allons en paix !

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4 thoughts on “Svatiska, Jun’Ichiro Tanizaki 1928

  1. ‘reusement qu’ils sont déjà morts n’empèche … parce que c’est vrai qu’ça aurait poussé certains au crime … moi je vois, les descriptions sans fin de Stendhal dans Le Rouge et le noir, ça a réveillé mes premières pulsions meurtrières !!! …. eux, ils s’en foutent, ils sont morts !! … et à l’époque ils s’faisaient chier la bite, donc c’est normal qu’ils passaient 3 pages à décrire une fenêtre … ils avaient pas la télé, ni internet … alors ils faisaient chier les gens … au fond j’les comprends, si j’avais vécu à la même époque de merde, je crois qu’ça m’aurait plus … mais bon … dieu merci je vis dans un monde où je peux simuler le bruit d’un prout avec mon téléphone portable !!! … merci Dieu !!!

  2. Julien, dans la même veine du même auteur, il y a « un amour insensé » qui relate les relations de couple entre un trentenaire et une jeunette qui entreprend de vivre sa vie comme elle l’entend. C’est une narration à la première personne sauf que c’est du point de vue de l’homme. Ca a été écrit avant Svatiska et j’ai l’impression que Svatiska (que je suis entrain de lire, j’enchaine une sorte de compilation de ses oeuvres) est une sorte d’exercice de style de Tanizaki pour raconter le même type de relation foireuse mais vécue de l’autre côté.

    Bien entendu Tanizaki n’est pas con au point de nous raconter exactement la même histoire mais y a des points communs.

  3. J’ai l’intégral de ses oeuvres à la maison. C’est vraiment un de mes auteurs favoris.
    Je trouve qu’il a une puissance d’évocation de la souffrance qui est vraiment touchante. Je te conseille son roman-chef d’oeuvre : Shunkin. Ca fait longtemps que je veux écrire quelque chose dessus, mais je ne suis pas capable de m’abstraire de la langueur douce amère du texte … bref, un truc à lire !

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