Une manière de lutte sociale

Mars 2009

Peut être que vous aussi vous l’avez déjà senti, ce grand découragement, lorsque vous cherchez un moyen d’agir sur le « système », cette abattement profond lorsque vous vous rendez compte que vous êtes seuls et qu’Ils sont si nombreux et qu’en plus vous ne savez même pas trop par où commencer? Dites vous qu’on est au moins deux ! Et puis, on doit pouvoir affirmer sans trop se tromper qu’on doit être nombreux dans le même cas. Alors quoi faire ? Se fédérer et agir ? Prendre les armes et aller pendre des ministres ? Sincèrement, je doute que ca soit vraiment efficace, et il existe des solutions moins éreintantes.

Le « système », à bien y réfléchir  ce n’est ni plus ni moins qu’une pensée générale, collective, interprétée, matérialisée en une organisation sociétale. La logique propre du « système », son essence pourrait on dire, provient de notre rapport au monde autant qu’elle le conditionne. Le besoin de règle, l’envie de propriété ou la notion de juste ou d’injuste sont des réalités humaines (culturelles ou cognitives) sont les fondements même de la logique de notre société. Le système n’est qu’une instance de cette logique.

Par exemple, pour juger un fait, nous avons une certaine tendance à le classifier dans une catégorie simple et connue[1]. C’est une inclinaison cognitive que nous avons tous et qui nous permet de reconnaitre notre conjoint d’un chapeau. Cependant un des mécanismes d’oppression les plus observables fonctionne sur le même principe : la réduction de la complexité d’un événement à une dualité simple et directe[2].  La guerre en Iraq vous êtes pour ou contre ? Les primes versées aux cadres de la Société Générale et d’AIG sont légitimes ou pas ? Vous ne pouvez répondre correctement à ces questions, parce la réponse même demande de dépasser le cadre de référence qu’impose la question.[3] C’est une figure de rhétorique bien connue pour avoir toujours raison.

Mais ce n’est pas parce que vous avez à faire à un paralogisme purement humain que vous êtes dans une situation de communication classique. Lorsque le gouvernement américain appelle tacitement ses citoyens à prendre position contre le versement des primes des hauts cadres aidés financièrement, il exprime une logique qui est construite par l’ensemble des résidents du pays. Pareil pour la guerre en Irak, les coupes dans la culture de Harper  ou la réforme des 35h en France.

Mettons les choses au clair immédiatement, on ne doit pas entrer dans une logique culpabilisatrice ou fataliste en admettant cette idée de logique ambiante. Premièrement parce les individus ne choisissent pas clairement les modalités de concrétisation, deuxièmement parce s’opposer à une concrétisation prend plus d’énergie, de volonté et de conscience sociale que de simplement l’observer, et troisièmement nous avons des possibilités de changer cette logique.

Mon point est d’attirer l’attention sur le fait qu’une logique d’opposition au système provient de la même origine que  ce qu’elle vise à combattre. Une logique d’opposition c’est déclarer une chose juste plutôt qu’une autre, de réduire le choix à deux; et ce que l’on parle de préservatif, d’écologie ou d’une prime de millions de dollars ! Le faux dilemme (pour reprendre le terme de Baillargeon) est utilisé aussi bien par les gouvernements que par les religions. Cela ne veut pas dire qu’une telle logique soit mauvaise ou inutile; utilisée dans le cadre d’une volonté de changement, elle a toute les chances de retourner là d’où elle vient, à savoir, l’idéologie dominante.

La prise de conscience de sa logique propre, à son niveau (gouvernemental, associatif, individuel) apparait donc comme étant le point de départ d’une action qui serait à même de transformer durablement les choses; et la compréhension de notre implication sociale est probablement une des clé  de cette action.

En somme, il n’est pas nécessaire de s’approprier une ligne idéologique qui nous est extérieure pour être capable d’agir pour le changement. Agir conformément à ses convictions propres, quotidiennement est une façon efficace de transformer les choses, parce que nous avons une influence sur la logique ambiante et nous en maitrisons plus facilement les conséquences.

Consommer activement ou passivement, donner son opinion sur ce qui nous entoure, s’interroger sur l’origine et l’implication de nos convictions, éduquer les plus jeunes à ce qui nous semble le meilleur, systématiquement se demander les conséquences de nos actes sont autant de manières de transformation sociale.

Des groupes d’actions existent, prônent la même chose et avec raison. Mais le fait de mettre en avant un argument lié à une opposition franche ou de ne pas questionner les notions de juste et d’injuste montre qu’ils sont eux aussi issus de la logique ambiante et que leurs légitimations portent en elles les problèmes futurs. Est-ce que le concept d’égalité est le même lorsque l’on parle d’un pays ou de relation entre les continents ? Est ce que l’on parle du même juste lorsque l’on parle d’une répartition de l’eau plus juste au travers du monde et lorsque l’on parle d’une peine de prison juste pour Josef Fritz ? (violeur et kidnappeur de sa propre fille)

Une transformation durable repose donc sur des actions qui font changement et sur une mutation de la logique individuelle de justification de légitimation et de compréhension de l’action.

Au lieu de mettre GM sous perfusion financière (logique de la pitié) ne serait-il pas plus profitable de transférer le marché vers des voitures vertes ? Au lieu de se réjouir que Tata puisse peut-être relancer le marché de l’automobile avec une voiture à moins de 3000$CAD[4](logique de la propriété)  on pourrait s’interroger sur les conditions de productions d’une telle voiture?

Mettons l’humain au centre de nos préoccupations et nous devrions voir un net changement relativement rapidement. En prenant la cohérence avec soi même comme outil pour décider de ce nous devons faire nous devrions donner plus de logique à ce système.

Pas de logique d’opposition directe, pas de notion de lutte, juste agir conformément avec ce que l’on pense individuellement. C’est une manière utile de renouer avec un hédonisme quotidien parfois perdu.


[1] Stephen Pinker, Comment fonctionne l’esprit, trad.Marie France Desjeux, 1997, Editions Odile Jacob page326 à 330

[2] Slavoj Žižek, Volume One, Number Two – 2007: Žižek & Badiou, Badiou: Notes From an Ongoing Debate

[3] Normand Baillargeon, Petit cours d’autodéfense intellectuelle, 2006, Lux Éditeur, p 60 1.2.2 le faux dilemme

[4] Source France Info

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19 thoughts on “Une manière de lutte sociale

  1. Ce qui est volontaire et raisonné est une chose mais il y a aussi tout le versant intuitif et passionné. Je ne crois en aucune force de persuasion, surtout pas pour les mouvements de masse. Je crois qu’ils engendrent bien souvent des dérives totalitaires. Je ne pense pas qu’avec des arguments (même excellents), on peut venir à bout de faire changer l’opinion de qui que ce soit.
    Je me rangerais plutôt du côté de l’exemple. Puisque le désir est intimement lié au plaisir, il faudrait donner envie pour que les choses changent. L’être humain est fondamentalement illogique et influençable. Alors,oui, agir conformément avec ce que l’on pense me semble être une avenue plus prometteuse!
    Prenons pour exemple des élections; plusieurs électeurs disent voter en faveur d’un parti qui a de bonnes chances de gagner. Ces votes «stratégiques» se font parfois au détriment des valeurs des électeurs en question. Il me semble que si ces électeurs votaient tous selon leurs convictions, nous aurions une idée un peu plus précise de ce à quoi aspire la population. Ce réflexe de se ranger vers la majorité ou ce calcul ne peuvent mener à de réels changements.
    Tous sont pour une meilleur gestion de nos ressources naturelles, une meilleure protection de l’environnement, des solutions durables, mais personne ne veut vraiment perdre quelque privilège que ce soit.
    Parce que nous faisons passer nos besoins individuels avant les besoins collectifs et je ne crois pas que cela puisse se raisonner. Le «système» n’existe pas, il est fait de chaque petit geste que nous posons à chaque jour. La transformation durable est celle qui fera de nous des êtres qui auront envie de partager.
    La prise de conscience fonctionne beaucoup au coefficient de culpabilité mais cela ne concerne que des changements superficiels et circonstanciels, en gros; ça ne fait qu’un temps.
    Chaque fois que l’on renonce (à acquérir une chose inutile, à consommer outrageusement, à poser un geste que l’on sait dommageable) c’est une petite transformation du système, parce que le système est ce qui nous parasite intérieurement. Ce sont nos peurs, nos ignorances, nos refus du changement, notre résistance à admettre que l’Autre soit différent (différent besoins, différentes valeurs, différentes attentes…).
    C’est dans la panique, le chaos et l’urgence que l’on prend la pleine mesure des capacités humaines. Lorsque l’on n’est pas en phase avec nos aspirations, nos rêves et nos désirs on en peut qu’être au quotidien en état de panique, de chaos et d’urgence. Alors, il n’y a pas de recul nécessaire qui puisse permettre de penser les choses autrement. En état de survie, l’être humain ne peut pas apprendre de ses erreurs et envisager que les choses soient autrement. C’est le cerveau limbique qui prend le dessus.
    Parce qu’il manque de tout, est affamé, assoiffé et terrorisé, il cherche la première porte de sortie possible et vote à droite.

    1. Je pense donc que nous allons dans le même sens de reflexion, à savoir une tentative de prise de conscience des mécanismes de conditionnement et une envie de coller à nos désirs/plaisirs.

      Cependant, je me demande comment penser une organisation qui dépasse la simple communauté élective, bref, comment vivre et agir avec les casse-couilles, les calculateurs, les manipulateurs, les aigris et les fatigués de naissance ? Parce que réfléchir à une organisation avec des gens sympas, compétents et arrangeants est nettement plus simple que de comprendre comment contracter avec les autres.

      Doit on abandonner l’idée d’organisation à grande échelle ?
      J’ai ma petite idée la dessus, mais j’aimerais avoir la votre avant de développer

  2. Merci Carl,
    Je dirais même qu’ils le font pour des raisons d’économie. Économie de temps, économie de réflexions (et économie de perte et de renoncement qui seraient autrement trop cruels ou trop exigeants). Tout à fait dans le sens de cet article;
    http://www.ledevoir.com/societe/actualites-en-societe/293688/un-penseur-s-eleve-contre-l-obsession-du-court-terme#reactions
    Mais aussi celui-là;
    http://philosophie-en-ligne.fr/klesis/hobbes/2_Milanese_Hobbes.pdf

    1. Je suis un peu moins d’accord avec cet argument, quoiqu’il me fasse bien rigoler et que j’aimerais qu’il soit vrai. Mais le dilemme vient probablement du fait que l’on ne partage pas la même définition du mot « droite ».

      Pour moi, la droite, c’est un projet social qui fait passer l’économie au premier plan et qui pense qu’une manière efficace d’être heureux passe par une économie stable et forte. Avec cette définition, difficile d’accepter la thèse du manque : je trouve, sans y adhérer, que cette idée se discute de facon sensée et que, dans certains cas précis, elle peut fonctionner.

      Me trompe-je, mais j’ai la sensation que tu appliques plutot ton argument aux conservateurs et autres xénophobes ?

  3. @Julien: mmmm. Pour répondre à ton commentaire de 5/08/8h55; un mot me vient à l’esprit; agglomération. (dans le sens de ciment) Est-ce le bon? Ce que je tente d’exprimer est que seul, on y parvient pas. Je ne crois pas en la manipulation des foules! Alors, tel que l’on est dans ce qui nous anime, on peut, je crois s’agglomérer en sous-groupe d’activités, de façon inclusive. Une groupe d’appartenance pour une chose, un autre groupe d’appartenance pour une autre et ainsi de suite… Ce qui fait qu’au bout du compte, on serait constitué d’un ensemble de groupes d’affinités qui s’influencent les uns les autres.
    Une image; deux cercles d’ensembles qui ont une partie commune.
    Évidemment, les vrais casse-pieds, et c’est ce qui les caractérise! (enfin tout casse pied qui se respecte) ne veulent rien savoir de ce qui est, pense, fonctionne autrement. Comment peut-on leur en vouloir d’être imperméables?
    à mon sens, elle est là l’opposition. Dilemne de notre temps; imposer une démocratie! Pensons y un instant. Honnêtement, je me demande où on va avec cette utopie? Ce serait comme croire que l’objectivité existe (ouf, là, je lance un autre sujet)…. Mais c’est un peu ça!

    Pour la réponse du 5/08/0h01; peux-tu me préciser quelle est la différence entre la droite et les conservateurs et autres xénophobes?
    En tous cas, je crois profondément que cette «économie», concerne aussi l’économie d’effort de se casser la tête à chercher à comprendre…En effet, je considère que ce manque se manifeste aussi à travers une forme d’ascétisme de l’esprit. Moins on met d’éléments complexes, moins on a le devoir de réfléchir. C’est le réflexe du; je ne veux pas savoir.
    Je ne veux pas savoir que mon voisin est gai. Je ne veux pas savoir que ma cousine souffre. Je ne veux pas savoir que mon fils aime tel ou tel truc que je ne connais pas. Tout cela n’existe pas parce que tout cela exigerait que je me pose des questions. Je vote pour des choses que je connais et (donnée très importante) qui existent et fonctionnent depuis la nuit des temps. Tout cela a fait ses preuves. Pourquoi vouloir changer (ouache – le vilain mot) une chose qui a fait ses preuves?
    Ex. La peine de mort, le racisme, le non respect des ressources naturelles, etc…
    La droite ne peut faire preuve d’adaptation, parce que l’adaptation implique
    1. des éléments inconnus
    2. une souplesse exigée par l’incertitude
    3. une perspective que ce qui nous est inconnu puisse avoir une influence sur a. nous et b. ce qui nous entoure
    le tout multipliant évidemment par dix le potentiel de «nouveauté».
    Bref, bref, bref, dis-moi pour ta droite…

    1. 1 : les Communautés électives

      Je suis d’accord avec toi sur le concept d’agglomération que l’on retrouve chez Onfray sous le terme de communauté élective (je trouve le nom sympa) : une sorte de regroupement temporaire, régit par des règles temporaires et mises en place plus ou moins tacitement par les constituants de la communauté.
      Mais la question qui tue, c’est celle de Rousseau dans le Contrat Social (il me semble) : une société parfaite, ok, mais à combien ?
      Parce que le soucis de ce genre de chose c’est que souvent, l’efficacité de la communauté est inversement proportionnel à sa taille.

      Sur les traces de Siddartha de Thich Nhat Hanh montrait bien ce phénomème : quand le Bouddha trouva l’éveil, il y avait une révélation. Puis, en rencontrant ses 4 premiers disciples, il inventa les 4 Vérités pour leur expliquer la révélation, puis il rencontra encore d’autres disciples et inventa l’octuple sentier pour régler leur vie … tant et si bien qu’à la fin de sa vie, il avait plus de 10 000 suivants et quelques 2000 règles de vie …

      Je me demande si l’on peut aller contre cela où s’il faut le prendre en compte et borner le nombre d’adhérant à une communauté ? Et puis comment coordonner les communautés entre elles ?

      1. Mon doux! Julien, tu m’obliges pratiquement à citer les raëliens….
        «[Dans les régimes démocratiques,] lorsque vient le temps d’une élection, la population est condamnée à la médiocrité de ses représentants et donc des décisions qui seront prises!!!
        Voyez pourquoi: Courbe de Gauss, représentant le Q.I.

        .05%    2%    25%    45%     25%   2%   .05%
        arriéré  débile  sous moyen moyens  sur moyen doué génie

        Lors d’une élection, le vote conscient et mûrement réfléchi d’un génie est annulé par celui d’un arriéré, puisque les deux sont en nombre égal dans la population.
        Le vote des doués est annulé par celui des débiles, celui des sur moyens par celui des sous moyen.  Que reste-il?  Le vote de la moyenne, donc des médiocres (du grec, médius = moyen) soit 45% de la population.[…] Nous en arrivons donc au paradoxe suivant :Les gens les plus intelligents, les plus conscients se font dicter leurs actions et leur vie par des gens moins aptes qu’eux à réfléchir, à comprendre, à prévoir, à décider.  Vous voyez l’aberration?»
        Fin de la citation.
        Pour une explication de la courbe de Gauss et du Q.I.:
        http://www.dialogus2.org/EIN/parlonsqi.html
        Mais, ok, ok qu’est-ce que le Q.I vient faire avec l’intelligence… et comment on le mesure, ça c’est une autre question….
        Pour répondre à la tienne (dans mes mots) L’idée de coordonner les communautés entres elles est en soi, légèrement déficiente…Je m’explique;
        Ça supposerait que l’on doive admettre qu’une instance soit dédiée au contrôle et à la coordination. Par contre si chaque communauté a droit de cité proportionnel à son importance, la direction se fait autrement.
        Un individu= un vote…et ensuite il faut voir comment on s’occupe de gérer les droits des minorités…
        J’aime bien cet exemple des disciples de Bouddha. Effectivement ça peut être exponentiel mais dans les grandes lignes, j’imagine qu’on peut s’en tenir à quelque chose qui tiendrait dans un chapitre!

        1. 1 -J’ai un peu de la misère avec la démonstration de la médiocrité du vote collectif. L’explication fonctionnerait si, dans les partis politiques, le choix devenait de plus en plus juste. Genre le parti 1 serait bon à 5%, parti 2 à 20%, le parti 3 à 35% etc … le parti n-3 à 65%, le parti n-2 à 80% et enfin le parti n à 95% : dans ce cas là, effectivement le vote du débile (parti 1) efface le vote du génie (parti n).
          Dans dans la vraie vie, ca ne fonctionne pas de même. Il n’y a pas de gradation de l’efficacité : il n’existe qu’une suite de compromis et de priorités.

          2- Si je comprends bien, tu proposerais une sorte de code (comme le code des pirates dans Pirates des Caraïbes) qui régirait non pas les communautés, mais les interactions entre les communautés. Cette piste me semble vraiment bonne : est ce que tu as des exemples de choses qui se sont déjà produites dans ce sens là ? Est ce que tu as déjà des idées de choses à réguler et comment le faire ?

    2. 2 : La Droite

      Effectivement nous n’avons pas la même définition de la droite. Ce que tu appelles « droite » je l’appelle largement « conservatisme ».
      Le conservatisme c’est cette aporie de la curiosité que tu décris très bien, cette rigidité de l’esprit, et ce  » C’était mieux avant » qui est tellement désolant.

      Pour moi, la droite n’existe presque plus dans le paysage politique canadien, québecois ou francais. C’est un projet social proche de celui de gauche finalement car si cette dernière pense que c’est par le partage des richesses existantes que l’on atteint le bonheur (bonheur social bien sur) la droite pense que c’est en en créant d’avantage que ce bonheur puisse être atteint (et minimiser l’écueil du partage). Les deux tendent au bien commun seul le statut de la richesse (au sens large, richesse intellectuelle, matérielle, etc.)

      La droite se caractérise donc, à mon avis, par une flexibilité intellectuelle toute économique, une constante volonté d’aller de l’avant et un projet humaniste.

      Les dérives de la droite est donc le libéralisme (l’oblitération du projet humaniste au profit de la création de richesse) comme la dérive de la gauche est le communisme ( le partage extrême et une forme de nivellement au détriment du projet humaniste)

      Est ce que tu es d’accord avec ces défintions ?

      1. @ Julien; attends, attends, attends, je ne comprend pas ta définition de la droite…? Ok pour la distinction entre partage des richesses à gauche et à droite.
        Le bien commun, je ne vois pas…
        Ok, pour la droite qui cherche à aller de l’avant….Mais le projet humaniste (venant de la droite) il est où?
        Ok pour les dérives de l’ultralibéralisme.
        Ok pour les dérives de la gauche sur les utopies du partage…
        Peux-tu préciser davantage?

        1. Je pense que c’est le concept de projet humaniste de droite qui ne passe pas. C’est vrai ca sonne comme un oxymore.

          Historiquement (en France en tout cas) la droite (pas les libéraux) est plus proche des petites entreprises que des grandes multinationales car c’est un mouvement politique qui prend à coeur son identité nationale (avec les dérives extrémistes que l’on imagine). Du coup certaines grandes avancées sociales sont dûs à la droite ( droit de grêve pendant le Second Empire 1864, assurance chomage et la sécurité sociale par De Gaulle, etc.) parce qu’elle facilite la vie des travailleurs et des entrepreneurs.

          Donc oui, il y a un projet humaniste, un projet social dans le discours des gens de droite (des gaullistes en France surtout) : ils veulent un pays fort avec des citoyens conscients et aptes. Alors après leur projet n’est ni universaliste ni égalitariste ce qui fait qu’on a parfois du mal comprendre sa dimension humaniste…

          Est ce que j’ai éclairci mon propos ?

          1. bonjour a tous
            si je peut me permettre d’intervenir dans cette discussion sans trop bousculer l’argumentation développée, qui me parait emprunte d’un certain bon sens je mettrai en avant un paramètre qui à mon humble avis n’est pas assez pris en compte. ce paramètre c’est l’individu, l’individu dans toute sa splendeur et dans toute sa médiocrité, homme ou femme capable du meilleure comme du pire. l’individu qui est une entité à part entière qui s’est construit identitairement dans son propre univers, avec ses propres fardeaux, ses souffrances, son isolement, ses propres travers, ses manques et ses plaisirs solitaires complètement personnels. Chaque individu est fondamentalement diffèrent d’un autre à l’intérieur de lui même. Et ceci est vérifiable même parmi les sujets d’un groupe paraissant unis ou semblant oeuvrer pour une même cause ou un idéal communautaire. A mon avis seuls les très grandes peurs ont le pouvoir de fédérer socialement. De tous temps les menaces graves ont été utilisées par les différents pouvoirs afin de construire un semblant d’union sociale. Faire fonctionner une société ou un groupe en s’appuyant sur une certaine cohésion des individus est utopique. C’est en quelque sorte une façon d’écrêter les individualismes soit par le haut soit par le bas. Devant une menace d’invasion du territoire par exemple, un pouvoir politique peut à l’occasion soulever l’enthousiasme et rallier la population sur des concepts haineux et guerriers souvent d’ailleurs fabriquer de toutes pièces. L’histoire nous a souvent démontré que les politiques de gauche comme de droite avaient un faible pour ce genre de méthode. A Hitler as t’il fait du social? Il a pourtant fédérer tout le peuple allemand, il a ( au début) redresser une économie désastreuse
            créer des milliers d’emploi et donner du sens et du rêve à la vie de la population.IL voulait une ww pour tous et tous la même ça ressemble à des idées de gauche non? pourtant!!!
            On sait par habitude que rien ne dure, rien n’est fiable, le moins pire étant le régime démocratique ou comme dit JULIE la majorité des imbéciles dictent les fonctionnements de l’ensemble de la société. l’individualisme se développe à merveille car il représente une forme de protection dans lequel on se sent bien, c’est un nid douillet ou on peut avoir des envies de gauche en vivant avec des idées de droite et inversement sans honte et sans le regard inquisiteur des autres.
            Rien à prouver, rien à foutre, c’est cette composante la qu’il va falloir prendre en compte d’ici peu.

            1. Jeu d’Échelle / Taille des communautés :

              J’ai la sensation que l’individualisme ne peut véritablement éclore que dans des grandes sociétés (en terme de taille), et que cet individualisme est très corollaire à la sensation d’anonymat (c’est en substance ce que tu dis en parlant du « nid douillet »).
              Du coup, dans une petite communauté je pense que les négativités se déploiement moins facilement.

              Pareillement si au niveau d’un pays la peur est le seul liant efficace que l’histoire nous donne, sur des communautés plus petites, dont chaque individus comprend la nécessité des actions (et c’est possiblement là que le raisonnement achoppe) le bien commun ou le maintient du confort peu servir de liant. (je fais référence à des expériences de communauté autarciques faites en Espagne dans les années 60).

              Fragmenter le tissu social actuel pour forcer la responsabilisation individuelle et l’engagement citoyen. Je pense que c’est notre réponse à Julie et à moi (excuse moi Julie si je me trompe) pour combattre le fait que tu constates : le jean-foutisme ambiant.

              1. Je ne crois pas qu’il s’agisse de j’en foutisme, il s’agit simplement d’un manque de perspectives, un manque d’horizons qui pourraient amener du rêve et du plaisir(JULIE). les sociétés ou les groupes, peut importe leur taille se lassent de défendre des idées ou des concepts et petit à petit se délites car l’individu est ainsi fait que toujours ses volontés pures à l’origine se transforment évolues, dérivent, si il n’y a pas de résultats rapides.

                1. Moteur de l’action / Ciment de l’agrégation sociale

                  Est ce que c’est ce manque de perspectives, ce manque d’horizons que tu appelles individualisme ? Sinon comment est ce ces deux concepts s’articulent pour toi, parce qu’il me semble qu’on touche à quelque chose de nodal : le désengagement citoyen.

                  Pour ce qui est des communautés qui se « délitent » (le verbe est particulièrement juste), c’est souvent le cas des organisations qui s’inscrivent dans la durée. Mais les communautés électives comme je les ai appelée (et que Julie appelle les groupes d’affinités dans son post du 6 Aout) peuvent n’être que momentanée et du coup, la rencontre avec d’autres gens, le brassage culturel agit comme moteur social. Le sang neuf, la rencontre d’autre manière de faire, l’incorporation dans des dynamiques différentes, la possibilité d’apprendre et l’augmentation du confort personnel sont des adjuvants importants à la motivation.

                  La formation de communauté bornée dans le temps suppose aussi un rapport très différent aux choses : il faut être beaucoup plus dans l’anticipation des projets que dans la réaction (ce qui semble être un archaïsme aujourd’hui, mais qui, a bien y réfléchir n’est pas si vrai) : c’est ainsi qu’il me semble que les Coopératives ont des plans de gestions sur le plus long terme que les multinationale.

                  Cela suppose, et c’est un complément au texte que j’ai publié, d’avoir un rapport aux actions différent : moins attaché au résultat et plus emprunt du plaisir de faire. Il ne faut évidemment pas pousser cela à l’extrême car on arrive à des propositions utopiques (aucun plaisir ne peut justifier de se lever à 4h du mat’ pour faire du pain à l’année longue) mais il me semble que le culte de l’efficacité nuit beaucoup au plaisir de faire et accélère le désintérêt. Le plaisir du savoir faire et sa reconnaissance sont des sources de motivations extrêmement fortes.

  4. Tonton Spino :

    Voici un texte que je viens de lire et qui cadre pas mal avec le texte et ses commentaires. À propos de la manière de penser la société chez Spinoza

    Dans la Nature, le droit d’un individu se définit par le degré de sa puissance, la Nature ou Dieu, ayant tous les droits puisqu’elle a, ou plutôt puisqu’elle est, toute la puissance. Spinoza remarque que, dans une telle logique du droit naturel, l’existence humaine devient virtuellement impossible, compte tenu de ce que les êtres humains sont très souvent mûs par des passions contraires, à savoir des passions de haine. Dans la Nature, ce serait pour les hommes l’état de guerre continuel. Les hommes sont donc forcés de se regrouper en sociétés en remettant entre les mains de l’autorité collective une partie de leur puissance. Cette puissance des individus rassemblés crée de nouvelles lois, pour ainsi dire artificielles – les lois sociales – chargées de définir un nouveau droit – le droit positif. Ce dernier droit se définit comme suit : un individu dans la société a le droit de faire ce que les lois sociales lui permettent de faire. Les lois naturelles ne sont évidemment pas abolies, mais elles sont complétées par ces lois que les hommes se donnent et qui sont essentiellement pour assurer une certaine paix et une certaine sécurité de leur vie. Remarquons que nous ne sortons pas des logiques de puissance. C’est en effet grâce à sa puissance que l’État peut imposer de nouvelles lois et un nouveau droit. Un individu se situe face à l’État un peu comme, dans la Nature, une gazelle face se situe face à un lion. […]
    Cependant, comme le remarque Spinoza, l’équivalent du transfert de puissance ne se passe pas à l’échelle internationale, chaque État demeurant jaloux de sa puissance, n’en prêtant tout au plus, de temps en temps, qu’une infime partie, si bien qu’il n’existe pas au dessus des États la Grande Puissance qui existe au dessus des citoyens, puissance capable d’assurer une certaine paix […].. Les États face les uns aux autres se retrouvent à l’état de nature, remarque Spinoza, le droit de chacun étant de nouveau défini par le degré de sa puissance.

    Pierre Bertrand, Pourquoi Créer ? Éditions Liber Montréal 2009 : De qui suis-je le contemporain ? page 52

    Penser au delà du rapport de force, je pense que c’est un des véritable enjeux des communautés électives.

    1. Merci beaucoup de cette information Virago.

      Après vérification, il semble que WordPresse ne soutienne plus IE 6 effectivement. La seule solution pour vous consiste, je le crains à passer à IE 8 (IE 9 est sur le point d’arriver) ou carrément changer de fureteur.

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