Introduction et réflexions sur l’épistémologie (1 sur 2)

1 Introduction

J’ai attaqué quelques menues recherches sur l’épistémologie histoire de voir, comme ça, comment peut-on penser la science et la connaissance sous des latitudes différentes. À la lecture de plusieurs bouquins, je me suis aperçu que la question était vraiment beaucoup plus complexe que ce que l’intuition laisse entendre. Complexe, pas compliquée ! Mais vraiment complexe ! Chaque école, chaque mouvement, chaque catégorie se divisent et se subdivisent en quantité de petites ramifications, de subtils petits changements qui sont souvent particulièrement difficiles à saisir.

En gros, les gens dont j’estime la pensée on une très nette tendance à s’affilier aux épistémologies constructivistes et c’est donc le cœur en joie et la bouche en cœur que je me suis plongé à corps perdu dans ce qui allait me prendre quasiment quatre mois à traverser.

Histoire de vous faire gagner un peu de temps, j’ai décidé de vous faire une sorte de compte rendu, une manière de résumé de ce que j’ai pu trouver à droite et à gauche dans des livres dont la taille n’a d’égal que leur capacité à servir d’abris anti-atomique (ils sont gros, froids et plates), parce qu’une fois le jargonnage techniciste avalé, le débat est particulièrement passionnant et très porteur pour la réflexion.

2 L’épistémologie ? Hum, c’est une maladie de la vessie, ça, non ?

Non pas du tout !

Premièrement, le terme épistémologie n’a pas véritablement le même sens dans les études francophones que dans les études anglophones.

Dans les études anglophones, c’est un terme qui désigne la philosophie des sciences et leurs paradigmes, tandis que, dans les études francophones, le terme s’applique plutôt à la philosophie de la connaissance (partant du postulat que les sciences sont un cas particulier de connaissance). Ici, il sera plus question de philosophie de la connaissance que de sciences à proprement parler.

Donc, on le voit se dessiner, l’épistémologie est le carcan dans lequel une science va évoluer, c’est une métaphilosophie qui abrite des philosophies plus appliquées, plus directement liées à des domaines précis.

En gros, l’épistémologie va répondre à trois questions qui sont cardinales :

— qu’est-ce que la connaissance ? (théorie de la gnoséologie)

— comment est-elle constituée ?

— comment en apprécier la valeur ?

3,  Mais pourquoi tant de questions, à quoi ça sert ?

Effectivement, c’est une des questions essentielles que tout lecteur un minimum sain d’esprit devrait se poser avant de s’attaquer à la lecture de ce genre d’article.

Une fois que nous avons exclu « pour faire plaisir à Julien, parce que le connait personnellement est que c’est une personne absolument formidable » (merci, merci) et « j’ai envie de lire plein de termes compliqués qui pètent leur race pour me la jouer grave dans mes soirées Meurtres et Mystères » je pense qu’il est important de comprendre les paradigmes dans lesquels nous évoluons, particulièrement si vous êtes encore aux études ou si vous travaillez de prêt ou de loin dans le domaine des sciences.

Objectivement, l’épistémologie ne sert pas directement à grand-chose (à mon avis), mais elle est pourtant essentielle : c’est le liquide amniotique dans lequel baigne une pensée, une idée, une philosophie. Étudier l’épistémologie d’une manière de comprendre le monde c’est tenter de prendre conscience des déterminismes qui la contraignent, l’encadrent, la bornent. L’épistémologie c’est un peu l’éducation qu’aurait reçue un enfant dans sa prime jeunesse et qui l’influence plus ou moins consciemment toute sa vie durant : pour comprendre cet enfant, vous n’êtes pas obligé d’interroger ses parents et ses grands-parents, mais il est plus que probable que vous allez trouver des informations pertinentes à son sujet en comprenant comment il a été élevé.

En gros, la question de la connaissance (les trois questions dont je faisais état plus haut) est fondamentalement liée à notre rapport au monde (physique et intérieur). Est-ce que c’est quelque chose que tous les humains partagent ? Que tous les êtres vivants partagent ? Est-ce que la science découvre, explique ou modélise ? Est-ce que les explications ont une réalité naturelle ou sont-ce de simples projections ? Pourquoi est-ce que les sciences décrivent si bien la Nature ? Est-ce que la Nature est mathématique ? … rapidement, on se rend compte que toute pensée métaphysique demande de se poser des questions métaphilosophie et c’est l’épistémologie qui se charge de cette partie.

De plus, l’épistémologie à une importance monumentale sur le développement de la science et sa compréhension. Si vous pensez que les idées sont stockées dans une sorte de grand réceptacle dans le monde éthéré et que nos âmes s’y projettent pour en ramener de temps à autre (c’est la théorie platonicienne), c’est très différent que si vous croyez que nous constituons nos concepts par l’observation objective de la réalité ! Et pourtant c’est une simple question de connaissance ! Mais cette simple question (comme vous dites) induit de très grandes répercussions sur la métaphysique et sur la définition de la réalité.

Une histoire du rapport des scientifiques et des enseignants à la connaissance est tout à fait pensable et, si on la faisait, on verrait très certainement des correspondances extrêmement fortes avec les grandes découvertes scientifiques et les avancées philosophiques.

La question de la connaissance n’est donc jamais le sujet principal des études qui nous intéressent la plupart du temps, mais elle est pourtant commune à tous les questionnements : toutes les disciplines ont ce questionnement de base (souvent considéré comme un a priori ou comme un paradigme institutionnel) et l’influence d’un parti pris pour une posture épistémologique ou une autre ont des répercutions très fortes sur la méthode, sur les interprétations et même sur le statut de la science.

Enfin, l’épistémologie ambiante (on dit aussi épistémè) est une donnée fondamentale pour comprendre la logique ambiante d’une époque, d’une société ou d’une institution. Nous baignons à longueur de livre, de bulletin de nouvelles, d’émission de radio ou de cours dans une série de manière d’autre au monde, de façon de concevoir ce qu’est la connaissance et le savoir. L’outil épistémologique ouvre grandement à comprendre pourquoi certaines pensées sont plus évidentes que d’autres, pourquoi nous avons des résistances face à certaines autres. Statuer sur le connaissable et ses modes de préhension est finalement important lorsque vous voulez exposer un point de vue qui se tient de A à Z, parce que, même si votre raisonnement est bon, il se peut que les prémisses sur lesquelles il se base ne vous correspondent pas, ou pas vraiment.

C’est un outil important, il me semble parce qu’il montre comment une métaphilosophie, un peu cachée, un peu ignorée, est à la base d’une très grande partie de notre pensée. C’est toujours intéressant de voir la mécanique, surtout quand on s’aperçoit que presque tous les pans de notre société la partagent.

4 L’épistémologie positiviste : le monde est observable

La première grande école épistémologique est le positivisme. Rien à voir avec Carrefour (qui positive… d’ailleurs, c’est une aberration, « positiver » n’est pas un verbe … bref, laissons aux barbares leurs néologismes bâtards. Je vous en prie, ne me lancez pas sur le sujet, c’est l’infarctus assuré !). Rien à voir non plus avec une joyeuseté permanente, une recherche du bonheur ou quoi que ça soit qui ait trait avec l’optimisme. Non. Les positivistes sourient, parfois, quand ils se brûlent … et encore.

On parle de positivisme, car cette école de pensée affirme sans ambages que la réalité est observable positivement,

L’asymptote est la droite dont la courbe se rapproche progressivement sans jamais pourtant l’atteindre

c’est-à-dire de façon objective.

Nous n’avons, disent ils, pas accès à la réalité autrement que par la perception de phénomènes. Cette connaissance n’est pas absolue, mais bien relative. Par contre, les phénomènes sont descriptibles par des rapports de successions ou de similitudes qui sont constants, toujours identiques à eux-mêmes. C’est grosso modo tout. Le reste découle logiquement de ce parti pris.

Cette idée est relativement vieille puisqu’on pourrait, en poussant un peu, la faire débuter avec Platon et la poursuivre jusqu’à nos jours avec des philosophes comme Bertrand Russell ou Bernard d’Espagnat. Évidemment, les définitions ont évolué par le positivisme a eu à faire à de grands défis. Mais gardons cela au chaud pour le moment. Mais globalement, le positivisme est une école épistémologique extrêmement forte et reste très peu remise en question. Les mathématiciens et les physiciens sont la plupart du temps, des positivistes convaincus.

  • 4.1  Gnoséologie positiviste (ça claque comme titre, non ?)

Dit en vocabulaire de tous les jours : quel est le statut de la connaissance ?

Premièrement, le positivisme suppose une réalité ontologique (qui existe même si elle n’est pas perçue). C’est l’hypothèse ontologique (comme quoi, ça porte bien son nom ! Ils sont sympas les positivistes!). De cette réalité première, pourrait on dire, qui ne nous est pas accessible, émanent des phénomènes que nous percevons et qui constituent notre mode de connaissance du monde. En gros, et pour ne pas faire de paragraphes qui durent mille ans, disons que si la connaissance était une courbe, la réalité ontologique en serait l’asymptote. Plus nous connaissons de choses, plus nous décrivons fidèlement la réalité. Techniquement, les philosophes savent que personne ne pourra arriver à décrire totalement la réalité grâce aux perceptions et aux déductions que nous en tirons, mais, idéalement (dans le monde des idées) cette asymptote existe.

Deuxièmement, il existe des lois de causalité qui sont propres à la réalité et qui font en sorte qu’un phénomène se produit d’une façon logique. Toute chose a une cause, pourrions-nous dire. C’est l’hypothèse déterministe.

« [il y a] des déterminations internes propres à la réalité connaissable, déterminations elles-mêmes susceptibles d’être connues » (Jean Louis Le Moigne, Les épistémologies constructivistes, PUF, 1995).

En gros, rien n’arrive poupouff comme ça, de nulle part, et en plus, les relations entre les phénomènes, les causes et les incidences sont étudiables. Tellement étudiables que l’enjeu de la science en est l’étude.

  • 4.2 Méthodologie

Maintenant que le statut de ce qui est connaissable est clarifié, il ne reste plus qu’à mettre en place une méthodologie de travail qui nous permette d’accéder à la connaissance (deuxième des trois questions de l’épistémologie) et de qualifier la connaissance (dernière des questions).

Il est important de dire que c’est le surtout le Discours de la Méthode (Descartes, 1637) qui formalisera cette méthodologie. C’est un ouvrage clef pour la compréhension historique de cette école épistémologique. Bref.

Il y a deux grands principes dans cette méthodologie qui sont en lien direct avec le statut de la connaissance : le premier est le réductionnisme et le second est le principe de raison suffisante.

Le réductionnisme est le principe analytique tel que l’expose Descartes. C’est le fameux : « diviser chacune des difficultés en autant de parcelles qu’il se pourrait et qu’il serait requis pour le mieux connaître simplement ». Dit en d’autres mots, si un système est trop compliqué, divisez le en petits sous-systèmes que vous savez étudier individuellement. C’est un principe fondamental et quiconque à déjà fait un tant soit peu de physique l’a déjà appliqué de façon quasi intuitive.

Deuxièmement, le principe de raison suffisante fait admettre l’idée que rien n’arrive sans une raison suffisante (là encore, vous remarquerez que les positivistes choisissent des noms qui décrivent bien le principe). Cet aspect de la méthodologie promeut au rang de réalité naturelle le principe de déterministe. La Nature est donc déterministe est c’est cela même qui permet de l’étudier.

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