Anansi Boys, Neil Gaiman 2005

Bonjour les jeunes !

Ah qu’il est doux de sentir, posé sur mes lignes turgescentes et viriles, votre suave regard, chargé de passion et, il faut l’admettre, d’une bonne dose d’avidité et de sensualité, de se sentir parcouru de l’en tête au pied de page, scruté sous la moindre virgule, soumis à la lecture diagonale, nu comme un majuscule, pur comme un point. Vous et moi sommes comme le  » E » dans l’ « O » : différent mais momentanément lié, face à dos, comme une union interdite et voluptueuse, une sodomie démiurgique comme seules les lettres savent le faire. Délicieux, non ?

Je vais vous entretenir aujourd’hui d’un auteur que j’affectionne particulièrement (ben oui, je vais passer mon temps à vous polluer le processus cognitif à longueur de texte … que j’ai tumescent je vous l’accorde) : Neil Gaiman. En plus c’est dans l’air du temps, il vient de sortir tout une flopée de collaboration (sans que vous vous en doutiez, j’œuvre pour votre élévation sociale).

Je viens de terminer Anansi Boys : l’histoire de Gros Charlie, de père divin et dont le frère a hérité de la totalité du potentiel magique de la famille, c’est vous dire si c’est nul comme vie! Et puis, évidement, comme souvent, il y a un bug, une insignifiance qui fait que le monde bien ordonné du héro devient le bordel : ici, Gros  Charlie va parler à une araignée. Erreur fatale (ou presque) ! Voyez la profondeur du livre !

L’intrigue est vraiment menée avec virtuosité : malgré un scénario très simple et facilement prévisible, le récit est captivant. Exit les Deus Ex Machina, les rebondissements incroyables et autres révélations stupéfiantes. Non, le récit tient grâce à des personnages bien campés, à un rythme soutenu de l’action, et à cet humour anglais tellement génial. Exemple :

La mère de Rosie n’aimait pas Gros Charlie, tout le monde le savait. La mère de Rosie était un paquet snobinard de préjugés, d’inquiétudes et de rancœurs à peine réfléchies. Elle habitait un magnifique appartement de Wimpole Street, dont le gigantesque réfrigérateur ne renfermait que des bouteilles d’eau vitaminées et des biscuits au seigle. Des fruits en cire occupaient les coupes posées sur les buffets de style. Ils étaient époussetés deux fois pas semaine […] « Je ne serai pas éternellement là », avait [elle] reniflé, sur un ton impliquant au contraire qu’elle en avait bien l’intention, devenant de plus en plus dure, de plus en plus maigre et de plus en plus minérale, mangeant de moins en moins, jusqu’à vivre uniquement d’air, de fruits en cire et de rancœur.

Le roman reprend un peu le monde mis en place dans American Gods et de Bons Présages. On navigue dans un monde divin complément loufoque mais qui a une logique propre très précise.  Et puis, à la façon de Terry Pratchett, il est tellement amusant de voir ces personnages tellement lointains les uns des autres se débattre pour finir par tous se retrouver dans un endroit improbable. Il faut tout de même admettre que si American God est frais dans votre tête vous risquez de voir des similitudes : même personnage lymphatique, même manière absurde de se faire tomber dessus par des Dieux fous furieux et psychopathes, même humour…

Bref, ce n’est pas le livre à lire de Gaiman si vous ne connaissez pas, mais il reste d’excellente facture et vous devriez passer un bon moment en le lisant (évidemment si vous vous sentez plus d’attaque pour du psycho-transcendalisme-post-kantien, je vous conseille d’aller jouer au jokari  jusqu’à ce ca passe ou, à la limite, de regarder le India Song de Marguerite Duras (le seul film qui arrive à ennuyer le Temps lui-même ! )).

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One thought on “Anansi Boys, Neil Gaiman 2005

  1. LOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOL xD (et punaise … le mien est chargé de passion !!! xD … je savais même pas qu’on disait « nu comme un majuscule » xD … coquille ? ou réelle envie d’le tourner au masculin ?)

    Bref … l’article est toujours très bon … comme d’hab … enfin moi j’me lasse pas d’cet humour complètement improbable … par contre pour le livre … je crois que le psycho-transcendalisme-post-kantien m’intriguerait plus …. xD … mais merci d’nous avoir fait partagé ce moment d’amour (à nous les jeunes … oui parce qu’en fait, les vieux qui lisent ton blog, t’en as rien à péter quoi xD … sympa pour eux !!! … les vieux, passez votre chemin … xD … tsss désolé, mais je suis jaloux que tu sois lu par des jeunes … ça manque de vieux j’trouve !!! allez les vieux !!! viendez lire son blog !!! …. oui je sais, ils m’entendent pas, mais bon, ça m’fait plaisir d’le croire)

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